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GIRLS « SUMMER SUN IS BACK »!

Nice. 1987 (selon Jeanine Apeuprait). L’accort jeune brachiosauridé (animal goulafre fort populaire du rock underground niçois), Bratch* (Olivier Néméjanski guitariste des Dum Dum Boys), réunit autour de lui, les reluisants Marc Galliani (auteur/guitariste des Rodeurs, stakhanoviste du cirage de ses propres pompes) et Serge Ceccanti (bassiste des Rodeurs, dont la forme impeccable des pantalons interroge toujours les couturières locales) et configure ainsi le trio (première mouture) des Bratchmen.

Leur goût commun pour la flore et la faune de la Pop Sixties les poussent à y puiser des morceaux pour les interpréter sur scène d’une part, et, d’autre part, les motivent à s’intéresser à la création. En 1987, les premiers concerts se font sans batteur. Guitares et voix pourvoient à l’essentiel. En 1988, une cassette 4 pistes est enregistrée. Au menu, compositions de Bratch et reprises. Comme Sugar Town de Nancy Sinatra et une version très pop de She’s The One des Ramones (version qui sortira en 1992 sur un CD de la revue Abus Dangereux).

Avril 1991. Enregistrement de leur premier 45T (I Feel It’s Summer / Summer Sun – FFF002). Deux compos de Bratch. A cette occasion, le trio (Serge assure la basse et la batterie) est épaulé au chœur par François Albertini des Playboys, Pascal d’Oriano (Joey, celui qui rêve de voir les Ramones dans un épisode de Star Trek où Monsieur Spock leur donnerait des cours de surf) et Pascal Auzias (12-string Rickenbacker, dopé à la fuzz analogique des circuits Scalextric). Patrick Mirété assure (déjà) l’artwork. Le vinyle sort (déjà) chez les amis de F.F.Fascination Records. Le troupeau Bratchmen s’étoffe.

Fin 1991 (entre Noël et la Saint-Sylvestre), enregistrement du second 45T (Bye Bye Love / Maybe It’s Love – FFF003), toujours à la Villa Béatrice. Une compo de Bratch, une compo de Marc, Bratch, et Didier Balducci. Pascal et Joey sont encore en « Guests ». Richard Prompt (déjà) à la photographie, Patrick Mirété toujours à l’artwork. Comme le premier, le disque est pressé chez MPO et sort sur le (toujours) label familial F.F.Fascination Records. Le troupeau reste groupé.

1994. Pascal ayant enfin revêtu le costume officiel Bratchmen, Joey étant passé à la batterie entre deux parties de flipper, l’album légendaire « The Easy Sound of…» peut enfin sortir en format CD. 14 titres, écrits et composés par les membres de la Famille brachiosauridé (Olivier Néméjanski, Marc Galliani, Muriel et Pascal Auzias, Didier Balducci), arrangés par Marc et autres Bratchmen, enregistrés et produits par Serge pendant l’été 1993, mixés par Pascal Ferlay au studio « La Storia ». En guest, Michel Nègre (Strideurs, Les Playboys) au piano, guitare et chœurs.

Aussi propres sur eux et aussi bien élevés que des maîtres d’hôtel dignes d’un film de Tarantino, élégants sur scène comme aux fourneaux, les cinq dandys de la jacket anglaise consignèrent, via cet album, leur nom dans le cercle très fermé de la Sunshine pop française classieuse. Celle jouée avec lunettes noires. Celle à se faire pâmer la plus acariâtre des belles-mères.

2020, l’objet culte sort ENFIN en format vinyle (33T gatefold / masterisé par François Terrazzoni  /AV046 – DSL041 – FFF006) !

Pour fêter cela, une interview décalée s’imposait. L’ogre de Villafranca (Bratch) étant aussi insatiable à table qu’à la scène, nous allons parler cuisine. Interview : « A table ! »

ATS : Tu jouais déjà avec les Dum Boys, lorsque tu as créé The Bratchmen, n’est-ce-pas ?  L’envie d’avoir ton propre groupe est quelque chose qui tenait spécialement à cœur le gastronome pop que tu es ? Une façon de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier ? Faut-il y voir un indice supplémentaire quant à ton appétit légendaire ?

Bratch : Oui. On a démarré les DDB en 1984 et le premier concert des Bratchmen date de 1987 (je dois toujours avoir la K7 quelque part). Mais je pense que l’acte fondateur des Bratchmen est le jour, en 1983, où Jean-Luc Bassman (bassiste des DDB) est venu à la maison avec Marc (que je connaissais à peine) et où nous avons répété pour le fun. Au menu, Bad Moon Rising, The Kids are Alright, un ou deux Buddy Holly et une tonne de Beatles bien entendu. Marc me l’a rappelé souvent, il a été très impressionné par cette rencontre, non pas par mes talents de chanteur et de guitariste [rires] mais parce que ma mère nous a offert du champagne. Cela devait être le lendemain d’un anniversaire, celui de mon père, et il restait donc à boire.

Pourquoi les Bratchmen ? A nos débuts nous étions assez radicaux chez les DDB. Deux accords, de la fuzz…en fait, cela n’a pas beaucoup changé depuis  [rires]…mais j’avais musicalement un manque. En tant que fan de pop, et des Beatles, j’avais vraiment envie d’essayer de jouer cette musique qui me paraissait extrêmement compliquée à reproduire (des solos, des chœurs, des ponts…tout ce qu’on ne faisait pas avec les DDB). C’est d’ailleurs également une des raisons pour laquelle j’ai rejoint des années plus tard les Zemblas. Pour essayer de jouer une musique que j’adore : la soul !


ATS : Quel cheminement culinaire t’a amené à embrigader Marc, Serge ? Votre amour commun pour « la pasta e la buona pizza » ?

Bratch : Je n’ai jamais considéré les Bratchmen comme mon groupe. Nous avons réellement démarré les Bratchmen deux ou trois ans plus tard avec Marc et Serge. Nous étions vraiment tous les trois à jouer et répéter des morceaux. Le nom du groupe a été trouvé par Éric Antolinos (Mokos, Sirènes, Nick Prizu…etc.). En effet, nous devions faire la première partie des Sirènes et nous n’avions pas encore trouvé un nom pour notre formation. 

ATS : Puis à ajouter Pascal et Joey, qui étaient en « guests » sur les premier et second EP ?

Bratch : Au début, nous étions tous les 3 et bricolions des chansons à la maison. Cela nous plaisait et nous contentait. Nous avions fait une démo 5 titres en 1988. Serge est parti à Paris, moi, quelques temps, aux USA. Nous avions donc mis le groupe de côté. Nous nous y sommes vraiment remis pour le premier 45 tours. Après sa sortie est venue, assez vite, l’envie de faire des concerts. C’est à ce moment-là que nous avons intégré Pascal à la guitare et Joey à la batterie. Pascal, en fait, a longtemps joué de la basse dans les Bratchmen pour suppléer Serge qui ne pouvait descendre de Paris à volonté.

ATS : Les débuts des Bratchmen. A partir de la page blanche de la genèse, lors des enregistrements, l’un pouvait contribuer à la conception du plat de l’autre ? Chacun pouvait-il apporter librement son grain de sel ?

Bratch : Bien sûr, encore une fois, le nom du groupe est un peu trompeur et peut laisser sous-entendre un leadership totalement inapproprié.
Quand nous avons commencé, j’avais deux ou trois chansons dans les tiroirs (Time for Goodbye, Anyway), Marc avait la musique de ce qui allait devenir First Time. Et c’est à peu près tout.
J’ai continué à faire d’autres chansons. Marc s’est plutôt consacré aux arrangements, aux chœurs, aux plans de guitare. A cette époque, il écrivait très peu. Mais heureusement il s’est rattrapé depuis ! Il a composé des merveilles que l’on espère un jour enregistrer avec les Warmbabies. Quand à Serge, lui son truc, c’était plutôt la technique, la production et les enregistrements. En résumé, une complémentarité exceptionnelle.
Après l’arrivée de Pascal et de Joey, nous avons continué à fonctionner de la même manière, chacun étant totalement libre d’amener ses contributions et ses idées de reprises.

ATS : Comment avez-vous fait monter la mayonnaise Bratchmen, sachant que vous étiez rares sur scène et que l’on parle même de concert annuel ? Entre les débuts et le premier 45T, quelques années écoulées dans votre sablier. Vous aviez du mal à maîtriser les temps de préparation et de cuisson ?

Bratch : Je ne sais pas si l’on peut parler de mayonnaise. Tout était question d’emplois du temps. Avec Serge à Paris, Pascal à Marseille, moi et Joey dans les Dum Dum Boys, plus le boulot de chacun, c’était quand même assez compliqué de prévoir des concerts, des enregistrements, des répétitions. Nous avions quand même de temps en temps des plans rigolos, souvent trouvés par l’ineffable Magic Christian Manzoni, notre fan #1… comme ce plan chez des bikers dans le Var (on se serait cru dans la fameuse scène des Blues Brothers où ils jouent derrière des barreaux)… et ce tournage pour TMC en playback à la Foire internationale de Monaco. Malheureusement, il n’existe, à mon avis, aucune trace vidéo de ces passages… ni d’ailleurs, des autres concerts.

ATS : Les 45T ont été enregistrés à la Villa Béatrice. Et l’album ? La « Villa Béatrice » était votre cantoche ?

Bratch : Oui. La Villa Béatrice était l’immeuble où habitait Marc (« nos Fleshtone »…surnom de nos chers amis de F.F.Fascination Records y ont habité quelques années également). C’était à 5 minutes de chez ma mère chez qui j’habitais encore. Très pratique pour passer manger des pâtes et répéter ensuite avec Marc. Nous y avions enregistré le premier 45 tours, mais le deuxième… je me souviens très clairement avoir fait des voix dans le salon de la maison de Serge à Vence. Sergio a d’ailleurs une photo de moi avec le casque devant le magnéto. Quant à la musique, je n’ai aucun souvenir… [rires].


ATS : C’est pourtant indiqué sur la pochette…

Bratch : Peut-être avions-nous démarré à la Villa Béatrice et finalisé les voix chez Serge…je ne m’en souviens pas clairement.
L’album a été enregistré à Vence dans la maison du père de Serge. Les spécialités du maître des lieux étant la paella et les encornets… vous comprendrez pourquoi nous avions insisté pour enregistrer le CD là-bas [rires] !

ATS : Comment as-tu connu Patrick Mirété et pourquoi lui as-tu confié le design de chaque galette ?

Bratch : Nous nous sommes connus au tout début des années 90. Nous travaillions dans la même boîte de conseil en communication qui s’appelait Cryptone. Le patron n’était pas M. Bool (chanteur des Cryptones) mais M. Teboul [rires].
Patrick était branché musique (plutôt jazz) et nous avions rapidement sympathisé. Aujourd’hui, tout le monde bosse sur ordi et il est relativement simple (je parle techniquement) de réaliser des pochettes. A l’époque, c’était vraiment une autre histoire …
Et surtout Patrick était un super Directeur artistique. Les 3 pochettes qu’il nous a créées sont vraiment top.

 

ATS : L’album n’est-il pas un consommé nostalgique inspiré par le terroir Beach Boys ? En lorgnant un peu sur celui des Beatles et la gamelle de Byrds à cheveux courts ?

Bratch : Nostalgique, je ne crois pas. Nous faisions juste la musique que nous aimions. De la « B » Music, comme j’aime à l’appeler. Car inspirée par moult groupes pop en « B »…on peut rajouter à la liste les Buffalo Springfield, Beau Brummels, Big Stars, etc…

ATS : Comme tu portais la toque chef pop de la brigade Bratchmen, on te retrouve derrière 13 morceaux, comme auteur, compositeur ou les deux. Le quatorzième « Christmas Love » a été écrit et composé par Muriel et Pascal Auzias. Serge a enregistré et arrangé le tout, tel un cordon bleu. Sachant comment certains sont tatillons, il n’a pas dû être toujours aisé de bien doser les ingrédients, les soupçons d’épices ?

Bratch : Les Bratchmen, c’était avant tout une histoire d’amitié. Chacun avait trouvé sa place dans le groupe et fait selon ses compétences et ses envies. Pour preuve, il y a des morceaux dans ce disque où je ne joue pas la moindre note de musique ni ne chante. On a fait et organisé les sessions pour mettre en valeur les morceaux et non pas mettre en avant tel ou untel.

 

ATS : Quel est ton souvenir le plus mémorable, à table, avec les Bratchmen ?

Bratch : En fait, il y en a deux. Le premier, c’était une fabuleuse paella préparée par le père de Serge et ornementée d’un petit rosé local, pour le déjeuner. Je ne suis pas sûr que nous ayons été très performants l’après-midi…[rires]
Le 2ème … c’est vraiment un souvenir extraordinaire ! A la dissolution du groupe, il restait un peu d’argent des concerts. Pour vider la caisse, nous avons diné, tous les membres du groupe, Philippe Fleshtone de F.F.Fascination Records et nos compagnes chez Issautier (restaurant 2 étoiles) sur la RN202. Le chef, pour cette occasion vraiment particulière, avait réalisé un dessert en reproduisant sur le gâteau la pochette du CD. Incroyable ! Malheureusement aucune trace photographique de cet exploit culinaire. Pas de portable à l’époque pour filmer et mitrailler les plats.

ATS : Pourquoi la cuisine Bratchmen s’est-elle délitée ?

Bratch : Serge, revenu entretemps sur la Côte-d’Azur, et moi devions partir nous installer avec nos compagnes à Paris, pour la rentrée 1995. Nous avions alors pris le temps de faire un ultime concert, au Biarritz à Nice, le 24 juin 1995 (voir la liste des morceaux du concert, immortalisée, je crois, par Pascaloo). Joey avait explosé sa batterie sur le dernier morceau…
Compte tenu de cet éloignement géographique, nous avons préféré arrêter le groupe et démarrer d’autres projets.

   

ATS : Qu’avait donc essayé et essayé encore, sans aucun succès, ton ami Chesta ? La recette des beignets de nonats ?

Bratch : Rien de gastronomique, juste un tambourin sur une chanson. Mais il n’était pas « droit »… sans doute était-ce après un déjeuner paella / rosé du père de Serge [rires] !

 

ATS : Sortir cet album en vinyle, n’est-ce pas un peu comme revenir goûter un plat dont on n’aurait pas identifié et libéré tous les parfums ?  

Bratch : Non, je ne le vois pas comme un projet musical. C’était juste une contrariété latente à effacer. Celle d’avoir sorti ce disque sous format CD. Nous avions un peu cédé à la vogue du moment. Comme plus personne à cette époque, à part les super irréductibles dont je faisais partie, n’avait de platine vinyle, on s’était dit que cet album serait plus facile à vendre en format CD (personnellement je n’ai dû acheter dans ma vie que 3 ou 4 CD…). Mais rapidement j’ai regretté… ceci d’autant plus que la pochette est quand même super classe. J’y ai pensé pendant longtemps mais finalement la décision de le sortir en vinyle a été prise 25 ans plus tard. Je suis lent… [rires]… mes origines helvétiques… probablement !

ATS : Que faut-il déguster en écoutant cette galette, bien enveloppée dans un gatefold ?

Bratch : La pochette étant à dominantes verte et orange…j’imagine un cocktail génépi, Get 27 avec un peu de jus d’orange…si vous testez, je veux bien recevoir vos commentaires… [rires].
Pour le solide, je dirai une paella en souvenir du père de Serge…un plat ensoleillé comme la musique de ce disque.

ATS : Quels morceaux recommanderais-tu pour cuisiner un bon repas ?

Bratch : Comme tous les hommes, je ne peux pas faire deux choses en même temps. Cuisiner et écouter de la musique ? Outche ! La cuisine nécessite application et concentration donc pas terrible pour bien apprécier un disque. Alors plutôt un truc léger, qui glisse tout seul dans les oreilles…je dirai un peu de Easy listening, du Burt Bacharach.

ATS : Pour une belle entrée, serais-tu plutôt priestley de Saint-Jacques ou Elvis Presley ?

Bratch : Les deux ! Le priestley dans l’assiette avec Do The Clam d’Elvis dans les oreilles pour rester sur des notes de fruits de mer.

ATS : Pour un bon dessert, serais-tu plutôt Electric Prunes ou Raspberries ?

Bratch : Moi qui suis plutôt entrée ou plat, je m’étonne qu’il n’y ait que des noms pour des desserts : Chocolate Watch Band, Strawberry Alarm Clock, …etc. Cela n’existe pas the Osso Buco Band ou les Raviolis Daube électriques ?

ATS : Quels morceaux recommanderais-tu pour attendrir un poulpe ?

Bratch : Love Me Tender d’Elvis évidemment !

ATS : Merci et bon appétit Bratch !

*Pour vote culture générale : le Bratch, est (aussi) une sorte d’alto populaire à trois cordes, dont le nom s’écrit braci en roumain. D’abord conservé au Musée de l’Homme, il fut transféré en 2006 au futur Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), avec le reste des collections européennes.

 

THE EASY SOUND OF…THE BRATCHMEN
(LP gatefold / Sortie le 1er juin 2020)

Additionnal Bratchman: Michel Nègre piano, guitar, vocals

Recorded & produced by Serge Ceccanti and The Bratchmen during summer 93 / Arranged by Marc Galliani and the Bratchmen / Mixed by Pascal Ferlay at La Storia Studio

Mastering & laques (2020): François Terrazzoni / Parélies Studio

Photos: Richard Prompt
Artwork: Patrick Mirété

℗ & ©2020 Ave The Sound ! AV046 / The Bratchmen / Dangerhouse Skylab – DSL 041 / F.F.Fascination Records – FFF 006