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Ils rêvaient d’ouvrir pour The Fleshtones. Ils l’ont fait. Malgré la carotte du succès, un seul s’opposait toujours à partager l’affiche avec le défunt Jean Vacances. Ils ne pourront plus le faire. Deux irréductibles refusaient toujours de passer leur permis de conduire,  pour mieux jouir d’abondance de ripailles et de carburant fermenté au cours de leurs épiques pérégrinations sur la longue route du rock’n’roll.  Serait-ce là trois bonnes raisons de tirer leurs boots vers l’avant pour un dernier salut d’irrévérence ? Interview décalée, pour nous préserver d’émotions diluviennes à l’annonce de ce suicide programmé dans des vestiges de junk food, de boutanches étranges, au fond d’un garage…où la voix si particulière d’Ed « Papa Ours » viendra hanter les pédales et les micros abandonnés…

 

 


La mort des Norvins est-elle programmée par consentement mutuel sous alcool ou agissez-vous sous l’emprise d’un gourou sous acide ?

ED : Je me suis fait virer parce que je ne pouvais plus répéter depuis l’Espagne. Habituellement c’est moi que l’on engueulait quand il y avait une merde. Quand ils se sont retrouvés obligés de s’engueuler entre eux, ils ne l’ont pas supporté.
Franck : Et oui, il avait bien rempli son rôle des années durant.
Gerry : Nous avons tout bonnement demandé conseil à Élisabeth Teissier.
JM : Sans Edouard, on n’arrive pas à avancer dans de nouvelles compos. On a essayé avec et sans alcool ! Mais il a un chant tellement singulier que nous avons été incapables de travailler sans lui en répète…
MAX : Il n’a jamais été envisagé de continuer les Norvins sans Ed. Le concert avec les Fleshtones aurait dû être le dernier, mais contents du résultat, nous avons décidé de le publier en disque. Cela a reporté la mise en bière. Vu que nous ne nous parlions plus, nous avions engagé un manager pour gérer tout cela. Ce con nous a vendus comme un groupe de motards. Nous nous retrouvons à devoir jouer à Montlhéry, le 23 Juin pour un gala moto. Du coup, on l’a viré et on a embauché un RH pour licencier chaque membre du groupe. Les négociations sont en cours, il y a quelques fortes têtes. J’espère que l’on n’aura pas la CGT sur le dos au concert.

N’est-il pas suspect de penser joyeuses funérailles sans avoir fricoté avec un maître-chanteur menaçant de dévoiler vos perversités sexuelles ?

ED : La plupart des gens vont aux enterrements pour pécho, comme aux mariages. Une perversité sexuelle très répandue.
Gerry : Rien de suspect. « We Feel Pretty » N’est-ce pas Ed ?
JM : Pas de pervers chez les Norvins. On assume nos déviances, même les kebabs au petit déj’ en tournée ! Ça fait de nous des gens normaux, non ?
Franck : Ceci dit, deux heures avant le petit déj’, nous étions au Jack Daniels.
MAX : J’aurais aimé fêter aussi une naissance, mais on n’arrive plus à baiser sans Édouard qui nous regarde.

Pour nous prémunir d’un trop-plein de haines familiales et amicales des clans et des groupes, pourriez-vous, avant votre dernier souffle, nommer clairement vos héritiers, s’il vous plaît ? Qui va garder les meubles ?

ED : Si tu te réfères à la descendance directe, la cadette de Gerry tient la corde.
Franck : Moi, je garde les robes et les bijoux.
JM : Il y a de la place dans la cellule de Phil Spector ?


Quelle est la date officielle de l’enterrement des Norvins ?

ED : Enfin une question simple ! Le 24 Juin 2018 à Paris, 18h au Café des sports, 94 rue de Ménilmontant.
Gerry : Le 23 Juin on décède à Montlhéry au Café Racer Festival et, le 24 on ressuscite à Paris.


Parlons un peu de la mise en scène des adieux…
Que souhaiteriez-vous comme rite funéraire ? Qui souhaiteriez-vous en maître de cérémonie ?

ED : Une piscine de Danette au chocolat.
Gerry : Nous arriverons sur scène habillés de caleçon en choucroute et de jolis colliers en andouillette et…nous porterons notre chanteur à bout de bras !
JM : Des antipasti, du vin rouge, les copains autour une grande table.
MAX : Sur un feedback de fuzz monstrueux, Jim Diamond donnerait un coup de hache dans l’ampli et chacun boira son Jack Daniels cul sec.
Franck : Que nous soyons mangés lors d’un grand barbecue.

Qui devrait porter le cercueil des Norvins ?

ED : Mettez des roulettes, personne ne voudra s’y coller.
JM : Nous-mêmes…
Franck : Des femmes culturistes en maillot de bain.
MAX : Ceux qui ont soutenu le groupe bien sûr. Tata Powers d’ « Ave The Sound ! » et Traxman de Soundflat Records en premier.

Que souhaiteriez-vous comme éloge funèbre ?

ED : « Come on now » version Plimsouls live in America.
Gerry : Une vingtaine de bécanes Norvin qui hurlent à la mort.
JM : Ah non, pas de motos !
ED : JM a rejoint le groupe parce qu’il pensait que notre nom venait d’une rue de Montmartre. Il va se faire chier à Montlhéry !

Que souhaiteriez-vous comme adagio ultra-efficace pour une messe folle ?

ED : C’est quoi un adagio ? Sinon pour une messe, il faut du vin, du pain et du Cantal vieux.
Gerry : « Fais-moi le couscous chéri ».
JM : Bob Azzam ! Oui ! Et de la drogue pour que tout le monde danse !

Que feriez-vous graver sur la pierre tombale des Norvins ?

ED : Un cervelas.
Gerry : « Ils ont vu…Ils ont bu…Ils en ont plein le cul ».
JM : Il faudrait y mettre un gros bouton rouge qui déclenche une mixtape de Gerry !
MAX : « Ici reposent les tarlouzes à bottines ».
Franck : « From the womb to the tomb » en clin d’œil à Orange Wedge.


Si l’on envisageait l’érection d’un monument à votre gloire, quel type d’édifice imagineriez-vous ? Un van de hippie ?

ED : Une caisse claire défoncée.
Gerry : Une baraque à frites.
JM: Never trust a hippie. Non.
MAX : Malheureusement l’érection ne s’envisage plus dès le deuxième jour de tournée.
JM : En fait, on arrête parce qu’on est vieux et qu’on ne bande plus !
ED : Je négocie un sponsoring de notre reformation avec la marque Viagra.
Franck : Eh oh, parlez pour vous !

 


Qui ou quoi aimeriez-vous que l’on sacrifie pour vous accompagner dans l’au-delà ?

ED : Nicki Minaj. Vous l’entendrez moins et moi je la toucherai plus.
JM : Les paroles de Louie Louie.
MAX : Ma Gibson ES 120 ! Si c’est pour y retrouver les mêmes gaziers autant faire des chansons.
Franck : Mon côté obscur.

Il est encore temps de dire la vérité…
Qui a lu tous les romans et toutes les nouvelles de Marc Villard ?

ED : Christine Ferniot.
Gerry : J’en ai lu 2…Tout comme Nick Knox j’ai la vue qui baisse, j’attends une version de ses œuvres en CD audio.
JM : Je l’ai vu en conférence il y a longtemps, bien avant que j’intègre le groupe. Je ne suis pas resté. J’aurais peut-être dû rester ?
ED : Il faut surtout le voir en fin d’apéro au rosé, sous le cagnard provençal, en juillet/aout.
Franck : Et lui, est ce qu’il a écouté tous nos disques ?
ED : Il a intérêt ! Il a tout, en double.

 


Pendant votre longue épopée, combien Gerry a-t-il finalement occis de caisses claires ?

ED : Il a défoncé tout ce qu’il a trouvé, à commencer par son foie…mais toujours en un seul exemplaire.
Gerry : Une seule par contre une multitude de baguettes et de cymbales.
JM : Des caisses de Goudale surtout…
Franck : En effet, expert pour se mettre des caisses !

Pourriez-vous enfin nous dévoiler le grand mystère de l’appétit ED alias Papa Ours ?  A-t-il déménagé en Espagne parce que la nourriture y est moins onéreuse ?

ED : Le contraire d’un régime normal, augmenter les doses à chaque repas. Il est clair que je fais des économies à Valencia.
JM : La pizza est le meilleur ami de l’Homme.
ED : Ce n’est pas italien plutôt la pizza ? J’ai une alimentation à base de riz et d’huile maintenant.
Franck : Même les anneaux gastriques ne marchent pas !
ED : Les anneaux gastriques sont fait pour les gens qui veulent réduire les doses.
MAX : C’est compliqué à observer. Il ne veut pas manger avec la meute, et il charge quand on l’approche. France 5 a envoyé un drone une fois, mais il l’a bouffé. On aimerait bien qu’il soit classé « espèce protégée » pour toucher des subventions. Mais le lobby des restaurateurs nous met des bâtons dans les roues…déjà qu’ils ont flippé pour leurs buffets à volonté quand Papa Ours a été réintroduit en Espagne…
ED : D’ailleurs à Valencia, depuis mon arrivée, ils ont dû arrêter la formule tapas gratuite pour accompagner la bière…

Avouez enfin que Pascal préférait aller chez le coiffeur se faire entretenir la permanente plutôt que faire réviser le van ?

ED : Le van relevait plus du budget du groupe que de celui de Pascal.
MAX : Aux dernières nouvelles, il a les cheveux courts et toujours autant de problèmes mécaniques…
ED : Au moins il va faire des économies de coiffeur.
Franck : Ah, le combi VW ! Il s’appelait Helmut. Il tombait en rade partout sauf dans son pays natal.

Dans quelle potion est tombé Franck pour aimer les bottines violettes ?

ED : Il est daltonien, et est persuadé qu’elles sont kaki.
JM : Le violet a été un dress code de répète pendant quelques temps. Du coup, Ed a acheté 2 chemises assorties pour une tournée. Manque de bol, il s’est retrouvé seul en violet une fois sur scène. On s’est fait copieusement engueuler !
ED : Chochotte !
Franck : En plus des 2 chemises, il avait également acheté des cuissardes violettes assorties à la couleur de mes boots.
ED : Ça nous manquait tes crises de mytho…
MAX : C’est un hommage croisé à Jean-Pierre Marielle et Pierre Carré.
JM : Pierre Carré, qui était Maitre de Cérémonie aux 20 ans des Fleshtones, par ailleurs !
Franck : Ne raillez pas mon élégance !

« Max Never Shirt » est-il un mauvais fan de Rika Zaraï ou un admirateur refoulé de Zebda ?

ED : Max est tout…sauf refoulé.
MAX : Je ne connais pas ces gens, désolé. Pour les références culturelles du Sud faut voir avec Franck.
Franck : Max, il craint degun !
ED : C’est du patois ?

Jean-Marc a-t-il connu une nantaise qui lui portait son clavier en fin de soirée ?

ED : Il doit bien y avoir deux ou trois nantaises dans son sérail, non ?
JM : Elle s’appelle Lulu, c’est la taulière des Volets Rouges, pas tellement loin de Saïgon… Sinon, il y a les Marronniers à Liège aussi…
MAX : Il porte son clavier lui-même mais on peut lui tripoter les tirettes.

Avez-vous déjà fait la manche avec le couvre-chef de Jérôme ?

 ED : II est formellement interdit de toucher à la casquette de Jérôme. Il a quitté le groupe pour moins que ça.

Avez-vous déjà falsifié le CV des Norvins pour vous rendre plus intéressants ?

ED : Il n’y a rien de vrai dans le CV des Norvins. Donc oui.
MAX : Ah bon ? Remarque, j’ai souvent cru que ce groupe était une expérience psychiatrique menée par Francky…Un jour la vérité éclatera.
ED : Évidemment ! Il nous a tous recrutés un par un depuis 17 ans. Je crois que j’ai une vidéo de 2002 avec le premier gratteux, Henri et le premier batteur. Franck, te souviens-tu de son blaze ? Dans un squat des Hells Angels en banlieue… je jouais de la guitare, c’est dire le niveau !
Franck : Je mène une grande expérimentation humaine en milieu naturalistique !
ED : « Naturalistique » ???


Est-ce que vous vous êtes déjà dit (vous aussi !) que Sabrina était une chanteuse extraordinaire ?

ED : Une question qui révèle l’âge de l’interviewer.
JM : Ce sont les Plimsouls qu’on aurait dû voir sur MTV !
Max : Ça avait l’air chouette la TV sous Pompidou, dites donc !
ED : Mitterrand ! Nous n’étions pas nés sous Pompidou, gamin !
Franck : C’est qui ?
ED : Ah…si pardon !  Franck était déjà là sous De Gaulle.


Avez-vous déjà dit que vous aviez passé une excellente soirée alors que la réalité était fort différente ?

ED : En général, lorsque l’on utilise cette expression, c’est que l’on fait un mensonge éhonté.
Gerry : Au bout d’un gramme neuf d’alcool…
JM : Ça peut arriver… tu as fait un mauvais concert et quelqu’un vient te dire : « Waouh ! C’était drôlement bien ! » Tu ne vas pas le décevoir…
ED : Ah bon ? Il ne fallait pas ? Merde. A chaque fois je leur explique pourquoi et comment on s’est chié dessus.
MAX : Je passe une excellente interview perso, pas vous ?
ED : Comme tu as déjà dépassé le gramme neuf, on ne peut plus être sûr.

Si dans quelques siècles un ethnologue s’intéresse à votre existence, qu’aimeriez-vous qu’il découvre ?

ED : Une time machine…et on l’attend à Ménilmuche le 24 juin 2018.
JM : Qu’il fasse écouter les disques à ses gosses !
MAX : Ben rien, sinon cela voudra dire que le rock’n’roll est mort… aaaaaaaaaaaah !!!!
Franck : Que tous les morceaux sont en fait le même !
ED : Ne t’inquiète pas, tout le monde s’en rend déjà compte.

La chose, l’être vivant dans lequel vous aimeriez être réincarné ?

ED : Ringo Starr. J’ai commencé la batterie au cas où je sois exaucé.
Gerry : Une fougère.
JM : Définitivement pas la caisse claire de Gerry !
MAX : Une pompe à bière.
Franck : Une paire de boots en daim… violet !

Quelles sont vos dernières volontés avant l’ultime hommage ?

ED : Trouver un groupe qui me supporte.
MAX : Une clope, une pinte et un whisky m’iront bien.

Nous avons une requête. Une fois le grand passage franchi, pourriez-vous nous envoyer un sms pour nous dire si, de l’autre côté, il y a suffisamment de rab’ à la cantoche pour nourrir tout le monde, si the Scopitone is not dead et si vous vous efforcez toujours d’avoir des chemises propres ?

MAX : Je n’y manquerai pas.
ED : Ai-je déjà eu des chemises propres ? Neuves à la rigueur…Pour le rab’ à la cantoche, après moi, tu peux t’assoir dessus.
JM : Est-ce possible d’avoir un fer à repasser et une brosse à bottines dans le rider ?
Franck : Et un four à pizza sur scène pour Édouard, possible ?
ED : Si je mange la croûte, vous aurez peut-être du rab’ finalement.

Merci The Norvins.
Pour tous les rires partagés, pour les jolis moments d’amitié.
The Norvins are dead, long live The Norvins!

* Interview sortie de route…à 10 grammes.
* L’interviewer décline toute responsabilité quant à la quantité d’alcool absorbée par The Norvins au cours de cette conversation.
* L’abus d’alcool et de drogue est dangereux pour la santé.
* Saurez-vous identifier le grand mélomane  fan de variété italienne qui s’est glissé dans cette interview ?

Testament musical…

Enregistré live par Fabrice Amghar au Petit Bain, à Paris le 30 Novembre 2017. Mix & mastering par Jim Diamond. Vinyle couleur “effet smoke” + CD (2 bonus inclus) + flyer. Édition limitée à 100 exemplaires. Commande à records@avethesound.com 

 

 

Face A

1 – Waste of time

2 – Love Healer

3 – You Know What

4 – She Was Gone

5 – You Can’t Come in’

6 – Love

7 – I Feel Pretty

8 – Here I Am, Here I Always am

Face B

1 – Bottomless Sadness

2 – I Wanna Shake You Girl

3 – Keep Me Posted

4 – Sleepin’ on the Highway

5 – Abba

6 – Invisible Woman

7 – Twilight

8 – You Got It Right

Crédits photos et vidéos : Carole Bigaud, JM, Max, Samy The Kay, video « LIVE! Bottomless Sadness » smocked by Guy Prestige in 2018, right cam by Sabino Sasso, left cam by Saymon Cooke, vidéo « Twilight » Scopitone is not dead,