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Avant d’évoquer l’édition de 2017, retour sur le 10ème anniversaire…

L’idée de repartir quelques jours dans le sud-ouest m’est toujours une invitation à me souvenir de douces vacances d’été. Celles savourées dans un de ces villages tranquilles d’Occitanie, au-delà des frontières héraultaises. Celles où la quiétude de la simplicité grisait chaque instant de mes libertés de juillet et d’août. Celles d’instants charmants partagés entre jeunes et vétérans. Rires, galéjades, foins, tournesols, odeurs des prés, courses en solex ou en mobylette, discussions rugbystiques, premières parties de tennis (la lourde raquette au cadre en bois…), pétanques avec les anciens, humanité et humanisme, saveurs locales goûteuses, balades agrestes, disques sur la platine de ma tante ou les Teppaz des copains, fêtes, concerts. Le bon vivre. Tout simplement. Dans des lieux préservés de toutes fureurs.

Par la volonté de copains de longue date, l’aventure « Montesquiou on the Rock’s » voit le jour en 2006, confidentiellement. L’idée initiale de la soirée rock, organisée chez un particulier, se métamorphose rapidement en un événement ouvert au public. En effet, pourquoi ne pas permettre à un auditoire plus large de découvrir une facette méconnue de la vie culturelle et artistique ? Celle de l’underground, très éloignée du tout-venant des festivals d’été, et pourtant tellement vivante. Pourquoi ne pas tenter de prolonger de quelques jours encore, le plaisir estival en offrant un divertissement musical de qualité à la population locale et aux pèlerins aoûtiens ?

Dès 2007, les amis sifflent le coup d’envoi du : « Ça va twister !».

Pensé comme un événement décloisonné, convivial, le festival s’installe au cœur du Gers, département riche de son patrimoine. Dans un joli village, juché sur un rocher. Montesquiou. Dans les beaux paysages du pays de d’Artagnan, les réjouissances musicales naissent gratuites et le resteront. Prudemment sur une soirée pour la première édition, puis rapidement sur deux ou trois. Au fil des années, groupes français et étrangers réputés vont se succéder, sur la scène dressée sous la halle semi-ouverte (Les Playboys pour la première édition, Sheetah et Les Weissmüller, Capsula, MFC Chicken, King Salami, Go!Zilla, etc). Une fois les concerts terminés, la halle se transforme en un dance-floor joyeux et déluré où les plus gaillards danseront jusqu’à tard dans la nuit. Les repas organisés chaque soir, élaborés à partir de délicieux produits locaux des fermes avoisinantes, se prennent sur des grandes tablées où l’on fait naturellement connaissance avec ses voisins. Jeunes, vieux, plantureuses, minces, frisés, chauves, porteurs de moumoutes, punks, rockers, babas, mods, individus singuliers ou pas. Peu importe ! On savoure mets et boissons, côte à côte. Sans jouer des coudes. Les classifications de chapelles sont laissées dans des vestiaires inutiles. On est tous dans l’heureuse mêlée de « Montesquiou on the Rocks ». Sur un terrain léger. Pas besoin de maillots distinctifs pour jouer dans la même équipe. Celle des plaisirs élémentaires où la musique et la bonne humeur doivent rester les règles du jeu. Même dans un village de moins de 600 habitants, on sait enchanter les soirées de l’été.

« Montesquiou on the Rocks », est un festival différent. Parce qu’il est à taille humaine. Parce qu’il n’est pas nécessaire de courir de scène en scène. Parce que l’on a le temps de jouir de chaque séance. Parce qu’ici on ne cherche pas à battre des records. Parce qu’il est avant tout une ambiance, forgée par une organisation à l’énergie vaillante et souriante. Une atmosphère construite pendant plus d’une décennie, sans grands moyens. Une identité reposant sur de solides poteaux de solidarité. La continuité de la simplicité est voulue, proclamée et assumée. Un appel participatif avait été lancé, il y a quelques années, pour récolter seulement l’argent nécessaire au développement de la communication. Au-delà de quelques aides institutionnelles ou autres partenariats, l’unité s’est enroulée autour d’une épaisse colonne vertébrale faite de valeurs, de principes, de probité. Cette authenticité transpire. Même sans excès d’armagnac…

Personne ne s’active pour soi. Actifs de l’encadrement et leurs familles, bénévoles, tous s’agitent pour le bien et le but communs. On ne pavoise pas d’être le plus ceci, on ne revendique pas d’être le plus cela. On est ce que l’on est. Chacun s’amuse comme il est, aux côtés ce qu’est l’autre. Les différences s’additionnent dans le môle des festivités. S’il y a quelques inévitables pénibles et infatigables « VRP de l’Ego Trip », ils y passeront finalement inaperçus. L’égotisme est recalé, loin derrière la ligne de touche. Car ici, que l’on soit chaussé de boots, de sandalettes, de tatanes, de creepers, de sabots suédois, de baskets, d’escarpins, ou pieds nus, on a les assises cramponnées au même sol gascon. Ici, on vient en famille. Ici, c’est la fête conçue pour petits et anciens, pour villageois et citadins, pour autochtones et touristes. Les seules barrières visibles sont celles nécessaires à la sécurité.

Pour fêter ce dixième anniversaire, l’association a programmé quelques groupes ayant marqué son histoire. Mais aussi des groupes découverts et appréciés lors des pérégrinations musicales des piliers de l’association, fréquentant avec assiduité et avec entrain les terrains de jeux étrangers. La team gersoise continue de se faire plaisir. Si l’on bourlingue depuis quelques années dans la scène underground, on a forcément déjà vu quelques-uns de ces gangs de la scène indépendante. Voire tous, pour les plus globe-trotteurs de l’auditoire. Certes. Mais peu importe. N’est-il pas toujours agréable de revoir, au moins une fois, des groupes dont on a aimé les prestations ?

Réfléchissons un peu. Pourquoi une équipe de programmation devrait-elle plus considérer « ceux ayant déjà vu » que « ceux qui n’ont jamais vu » ? Pourquoi ne convierait-elle pas, de nouveau, un groupe dont le leader charismatique est représentatif de la scène garage européenne, surtout si cela assure l’allégresse parmi les spectateurs ? Pourquoi certains éprouvent-ils le besoin d’étaler leur condescendance du « Moi, j’ai déjà tout vu » et leur mépris quant au plaisir des néophytes ? Quel besoin pousse à toujours claironner haut et fort ce qui peut paraître, de façon totalement subjective, négatif ? Décerne-t-on des médailles d’or de « haters » dans le monde virtuel ? Pourquoi ne pas se réjouir, par exemple, de découvrir de jeunes groupes prometteurs ? Pourquoi ne pas s’attacher à ce qui est bien, à ce qui est rassembleur ?
De nos jours, les programmes étant largement diffusés sur la toile, faut-il souffrir singulièrement d’incohérence aiguë pour se rendre à un événement, dont ni le cadre ni les artistes ne conviennent à ses humeurs, et se fader ce qui peut nous être un assommoir culturel. Si râler au sujet des blédards est indispensable (j’ai du mal à déceler une fonction vitale au mépris…) au poseur mondain puant, autant qu’il maugrée, dans son environnement étriqué, à en fatiguer les portugaises de sa concierge. Cela lui sera plus économique et donnera plus d’espace de jeu aux ladies et gentlemen besogneux. Eventuellement si cet inconséquent guignol est capable d’un soubresaut de lucidité qu’il s’immole. Car n’oublions que la fatuité d’un peine-à-jouir est autant utile au faiseur de bien-être qu’un hamburger industriel peut l’être à un palais fin.

   

Intermède achevé, revenons à nos vaillants gascons. Ce 10ème anniversaire a été décliné en trois soirées. « Soirée live and loud » (Dividers, Capsula), « Soirée Garage » (King Automatic, Stop II, Magnetix, The Monsters), « Soirée Anniversaire » (Forêt & Grease Cats, les Grys Grys, King Salami and the Cumberland 3). Avouez qu’il faudrait avoir des œillères de junkie au free jazz pour ne pas trouver dans cette programmation une once de satisfaction. Même les anciens marquent le beat sur ce qui leur sied. Oscillant le carafon sur les envolées des guitaristes, tapant du pied sur les vibrations de la basse. Pas arides d’avis et d’humeur primesautière, la génération du swing princier confesse ses préférences aux oreilles voisines. Les aînés ne sont ni dénués de goût, ni forcément plus sourds que des pots ou que certains musiciens drogués aux amplis poussés à fond.

     

Ici, le son est bon. Cela mérite d’être relevé, précisé, souligné, répété. Des « soundiers » de plus grands festivals pourraient peut-être prendre exemple…s’ils récupèrent leurs ouïes, au service des objets trouvés. Au-delà des groupes, on retrouve le magnifique manège vintage « Le Schmilblick Club », les formidables cantalous du fanzine « Le Mange Disque » pour des blind-tests ludiques et parfois hilarants, les as de la bobine et du vinyle « Les Projectivers » pour des scopitones et films pour chérubins et doyens, des stands de disques, de la cuisine de terroir, des comptoirs où les gascons vous reçoivent aussi plaisamment que sur le stand d’accueil. Sans oublier les DJ’s, sachant ne pas sombrer dans une sélection trop pointue et distillant des standards du rock pour mieux enfiévrer la halle. Lorsqu’une des fines gâchettes des galettes crache sa bière sur le public, tout le monde se marre ! Car ici, tout est bienveillant. Les anciens parlant à la terrasse du café, facéties aux lèvres. Les habitants prêts à secourir un ventre souffrant. Les étudiants désargentés, émerveillés d’avoir pu savourer un repas local de qualité pour quelques euros seulement. Les végans conservant le sourire, malgré l’absence de nourritures adaptées à leur alimentation. Le punk achetant une compilation « South of Nowhere » et refusant sa menue monnaie pour soutenir notre action en faveur des services pédiatriques. La joyeuse demoiselle, dépourvue en tourne-disque, achetant un vinyle qu’elle ira gaiement écouter chez ses amis mieux nantis en platine. Le viticulteur généreux. L’égaré goguenard.

    

Si vous voulez massacrer vos spleens, flanquer une rouste à vos existences mornes et vos insatisfactions hors normes, rencontrer des sourires, vous sevrer de vos dopes habituelles (vos dealers ont aussi besoin de vacances), le rendez-vous entre fête estivale de village et rassemblement underground, est fixé à Montesquiou on the Rock’s, chaque été, au mois d’août. Vous constaterez que les doux souvenirs se fabriquent aussi sans avoir passé des heures à choisir une cravate. En étant anonyme parmi d’autres anonymes. Que vous pratiquiez le twist, le jerk, le monkey, le swim, ou la danse de comptoir (une sorte de java pratiquée lors de la troisième mi-temps par déserteurs de pistes de danse mais athlètes non dopés du godet). Que la campagne vous soit une passion éphémère, le bon vivre chose interlope, la découverte inutile, vendez père et mère et venez les 18 et 19 août 2017 (programme ci-dessous) pour la 11ème édition de Monstesquiou on the Rock’s. Cela vous aérera la liberté. Au moins deux jours.

TP

 

PROGRAMME DE L’EDITION 2017

Vendredi 18 août

– The Projectivers (Pau)
– Chrome Reverse (Paris)
– The Jackets (Suisse)
Giuda (Italie)
– Gogo danseuses :  Wanda de Lullabies & Dottie Gooseberry
– DJ : Ivan le Terrible

Samedi 19 août

– Moonrite (Grenoble)
– The Fuzillis (UK)
– The Zelators (Espagne)
– Gogo danseuses : Wanda de Lullabies & Dottie Gooseberry
– DJ : Cat the Cat

Important : réservation(s) repas au 06.37.49.45.15

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