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Journée de la tolérance au Centre Hospitalier Henri Guérin (animation musicale et don de chaînes-hi-fi).

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Petit pas après petit pas, la prise en charge des malades a évolué au sein des consciences et des unités psychiatriques. Les siècles où l’on évoquait le surnaturel et la démonologie, où l’on traitait les  pathologies mentales par des purges, saignées et bains de pieds, où l’on attachait plusieurs malades dans le même lit, où la séquestration était généralisée, les décennies où les patients subissaient la violente, réductrice et inéluctable classification de « fous » de l’asile, où les aliénés abandonnés par les familles et la société étaient réduits au silence, à l’enfermement dans leurs maux, condamnés aux seuls traitements chimiques dans l’indifférence, voire le mépris, semblent heureusement lointains.

Personne n’était, n’est et ne sera jamais à l’abri d’une tornade psychique pouvant le transporter dans le monde particulier des ténèbres d’une infirmité mentale. Qu’elle soit éphémère ou immuable. Il ne faut pas oublier que les pathologies traitées par la psychiatrie sont des handicaps. Parfois handicap moteur et psychique sont associés. Il est essentiel de se rappeler que toute personne handicapée demeure un être humain, ayant des droits. C’est à la société de veiller sur le respect de ces droits.

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De nos jours, les politiques financières outragent le milieu psychiatrique (comme tous les secteurs hospitaliers) en amputant chaque année leur budget de dizaines de millions d’euros. La mutation des soins, vers plus de compléments et d’alternatives thérapeutiques (ayant pourtant prouvé leurs bienfaits), serait-elle condamnée à régresser ? Nous devons être extrêmement vigilants pour que le droit égalitaire à l’accès public aux soins ne soit pas souillé par une sélection économique, c’est à dire une espèce d’eugénisme ultralibéral, dont les plus vulnérables seraient inévitablement bannis.

Il convient également de s’interroger quant aux actes que chacun peut faire, selon ses moyens, pour améliorer la condition de l’autre, quant au temps dont il peut disposer afin de mieux considérer et soutenir l’altérité. De se maintenir éveillé aux humanités, aux civilités, à l’empathie nécessaire pour échapper aux entendements binaires. Quelles passerelles pouvons-nous contribuer à construire entre nous et les autres, pour le bien et l’accompagnement de tous ?

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Chaque année, le 16 novembre, sous l’égide de l’Unesco, la communauté internationale célèbre la Journée internationale de la tolérance. Comme chacun le sait ou devrait le savoir, il incombe aux états membres de développer et de favoriser le respect des Droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction fondée sur la race, le sexe, la langue, l’origine nationale, la religion, l’existence d’un handicap, et de combattre l’intolérance.
Le vendredi 20 novembre, les AveTheSounders du groupe « No Exit Only » et moi-même sommes allés célébrer la tolérance au Centre hospitalier Henri Guérin. Nous avons retrouvé un ami et membre de notre association, Jean-Christophe Molinéris, qui exerce sa profession d’art-thérapeute au sein de l’Atelier d’art de cet hôpital psychiatrique. Nous avons remis quatre chaînes hi-fi (objectif de don des 100 chaînes atteint) pour les unités pédopsychiatriques et offert quelques compilations « South of Nowhere ». Le 20 novembre est la Journée internationale des Droits de l’Enfant.  Si nous nous occupions plus énergiquement des Droits de l’enfant et surtout de l’accès à une éducation laïque et universelle pour chaque enfant, nous aurions certainement moins de difficultés à faire appliquer les Droits de l’homme. Notre monde serait par conséquent plus tolérant, intrinsèquement.

Une semaine après les attentats ayant ensanglanté Paris, cette journée résonnait singulièrement dans nos esprits.

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Le personnel médical, paramédical et administratif, les art-thérapeutes et animateurs de l’Atelier d’Art, les familles, les encadrants et les malades internes et externes nous ont accueillis très chaleureusement et aimablement. Oui, même les patients ont été polis. Ils ont exprimé aisément les quelques mots magiques suivants : bonjour, s’il vous plaît, merci, au revoir. Cela doit être souligné. Le manque de courtoisie étant devenu tellement usuel dans notre société que l’exercice de l’aménité la plus élémentaire est presque devenu remarquable.

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Pendant le concert des « No Exit Only » et l‘animation musicale du deejay Anthony Suarez de Walkabout Sound System, mon attention vagabondait entre les regards sautillants de corps figés et les sourires des accompagnants, entre les mains enchantées soutenant parfois maladroitement la rythmique et les satisfactions dessinées sur des rides singulières, entre la danse d’une maman avec son fils et les chorégraphies joyeuses d’autres malades, entre les « air guitar » de patients et l’ « air batterie » d’une jeune aide-soignante dont les gestes tendres, les mimiques clownesques et les baisers aux patients qui l’entouraient, illuminait la salle de son humanité.  J’ai pensé en la regardant que notre bénévolat lié à cette journée était bien modeste comparé à l’énergie de l’évidente et radieuse bienfaisance de cette jeune-fille. Elle était extraordinairement lumineuse.

Edith - Pour la tolérance et mes mains tendues

Edith – Pour la tolérance et mes mains tendues

Daniel - Petits regards sur le monde

Daniel – Petits regards sur le monde

Hassen - La liberté de voyager

Hassen – La liberté de voyager

Les remerciements des malades repartant vers leurs chambres ou leurs foyers m’ont beaucoup touchée.  Je n’oublierai pas la maman virevoltante, dont le grand garçon est lourdement handicapé, me disant : « Merci. Cela a fait du bien à mon fils. Il a été heureux de ce moment ».  Je n’oublierai pas la malice et l’humour de cette dame, devant se déplacer en fauteuil roulant, vivant au Foyer René Coty de Giens avec laquelle j’ai plaisanté et ri. On s’enrichit aussi au contact d’un malade, qu’il souffre d‘une pathologie mentale ou d’une sclérose en plaque. Nous avons tous à apprendre de l’autre, de l’apport de l’autre.

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Anthony, John-Peter, Sergueï Stefanelli, French Mockers, Jean-Christophe

En fin d’après-midi pour nous remercier, l’équipe d’art-thérapie nous avait organisé un généreux repas dans l’Atelier d’Art et lieu d’exposition. Ont également participé quelques anciens malades devenus « externes ». Cela nous a permis de découvrir les œuvres composées par les malades sur le sujet de la tolérance. La table était dressée sur des nappes (protégées des tâches par des plastiques) spécialement illustrées par les patients (quelques détails des fresques sur cette page).  Beaucoup de sensibilité, de justesse dans ces dessins. L’art sert à verbaliser le sentiment profond comme le plus léger, le plus singulier comme le plus commun. Au sein d’un hôpital psychiatrique comme partout ailleurs.

J’ai longuement discuté avec Daniel, un ancien interne de l’hôpital, de ses œuvres et de celles de ses camarades d’atelier. Notamment de sa création nommée « Dans le regard de l’autre » (voir ci-dessous) devant laquelle je m’étais longuement arrêtée. Il explique sa création avec les mots suivants : « Quand on est en état de souffrance psychique, le monde nous classe dans la catégorie des personnes ‘’ différentes ’’ et d’une façon populaire de ‘’ fous ‘’. Quelle que soit notre perte de réalité, on ressent douloureusement ce que les gens peuvent penser de nous. Il est parfois difficile de retrouver un équilibre. C’est à cet instant que l’on a besoin d’un regard bienveillant, d’une parole consolatrice et encourageante pour arriver à reconstruire sa personnalité, la consolider, et se redonner un espoir en l’avenir. »

Daniel - Dans le regard de l'autre

Daniel – Dans le regard de l’autre

Je lui expliquais que ces mots avaient, selon moi, un sens plus universel que singulier. Les sentiments qu’il avait dessinés et exprimés ne pouvaient être restreints aux seules limites de l’univers psychiatrique. Si l’on effaçait « psychique » et « d’une façon populaire de fous »  de ces propos,  le sens était conservé.  La différence étant dans tout, personne n’est exempté du regard de l’autre. Nous pouvions tous en souffrir. Nous avons ainsi conversé longuement du regard des inconnus, des proches, de la famille, de la vulnérabilité, de la perception, des difficiles combats, des mains tendues, des réalisations de ses acolytes d’atelier. Une peinture appelée « Boat people » était étonnante. Elle était réalisée avec des couleurs gaies et éclatantes. Comme si la tragédie du moment qu’elle reflétait, s’effaçait dans les gouaches qui par leur éclat indiquaient que l’avenir espéré par les occupants du frêle esquif serait atteint. Si l’atelier est un sanctuaire de respect et de liberté d’expression, il est aussi empreint des réalités extérieures.
Quelques minutes plus tard, Daniel m’offrait son « Dans le regard de l’autre ». Je fus surprise, honorée et j’en suis encore émue.

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Nous avons dîné tous ensemble, fait connaissance, plaisanté, souri et ri, découvert l’investissement professionnel mais surtout humain de chacun, les plus discrets, les plus expressifs, écouté les récits des jolis voyages organisés et des randonnées sportives.  Une animatrice m’a confié qu’elle avait été surprise par notre simplicité. Elle ne s’attendait pas à découvrir des « rockers aussi « normaux ». Amusée, je lui expliquais que l’on pouvait abuser de la musique en général, du rock’n’roll en particulier sans être des formatés du cliché des 70’s « sexe, drogues et rock’n’roll », tout en étant attaché au respect d’autrui.

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Nous nous sommes quittés heureux d’avoir partagé cette journée remplie d’humanité et de tolérance, où chacun avait apporté sa note de fraternité. Les différences sont comme la notation musicale. Transcrits sur des portées, des signes très distincts tels que silences, clés, blanches, noires, rondes, carrées, croches, pauses, soupirs, demi-croches, ornements, divisions de temps, altérations, etc.,  offrent au public des mélodies, des harmonies.

Comme la tolérance, la musique est un outil de paix.

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SL
Présidente.