Étiquettes

, , , , , , , , , ,

La Cellule Records

Suite à la disparition de Mégaphone en 2009, les amateurs de galettes étaient abandonnés aux sites de vente en ligne, aux événements vintage, aux kilomètres, à une grande enseigne généraliste ou à la disette. Grâce à la volonté de Damien Lonegro, La Cellule Records née en septembre 2014 à deux pas de l’Opéra, permet de nouveau aux Toulonnais de fouiller dans les bacs de vinyles.  Bientôt un an d’existence. On fête ce premier anniversaire par une interview.

La Cellule Records 2

La cellule sur le sillon du passé.

_________________________________________________________

«.. au cours d’une soirée bien arrosée,  un pote et moi avons monté un plan de A à Z pour ouvrir une boutique de disques. »

_________________________________________________________



ATS  – Qu’est-ce que l’on écoutait chez toi, lorsque tu étais petit ?

DL – J’ai surtout des souvenirs musicaux de moments où nous étions en voiture. En fait, cela dépendait de qui conduisait. Si c’était ma mère, nous écoutions de la variété française et si c’était mon père, Clapton dont il était un grand fan.

ATS  – Te souviens-tu du premier disque que l’on t’a offert, que tu as acheté ?

DL – Non.  En revanche, je me souviens très bien d’une cassette de Kiss, et surtout une autre de Scorpions qui a tout fait basculé (sourire de Damien).

ATS  – Es-tu, as-tu été musicien ?

DL – J’ai fait de la batterie plus jeune. En considérant mon immense talent aux baguettes, je me suis vite mis derrière un micro. C’était mieux pour tout le monde !

ATS  – Quels ont été tes premiers goûts musicaux, tes premières références ? Ont-ils évolué ?

DL – Au départ, j’étais très hard rock/métal. J’ai été marqué par la sortie du Black Album de Metallica et les deux «  Use your illusion  » des Guns N’ Roses. Ce fut deux grosses claques pour le minot que j’étais. Je suis resté très métal pendant tout le collège. Puis, au lycée je me suis ouvert au hardcore, au punk mais aussi la techno.

Black Album Metallica Use your illusion I Guns N' Roses. Use your illusion II Guns N' Roses.

ATS  – Etais-tu un collectionneur de disques précoce ?

DL – J’ai commencé à acheter mes premiers vinyles vers 16 ans. Surtout des albums de techno/tribe/hardcore. Vers 20 ans, je me suis aperçu que tout ce que j’écoutais dans les autres genres existait aussi en vinyle.  La révélation totale ! Alors la fréquence de mes achats a augmenté (rires).

ATS  – Es-tu encore un acheteur frénétique ou es-tu devenu gourmet ?

DL – J’ai des objectifs de collections extrêmement précis. Il m’est donc compliqué de les atteindre.

ATS  – As-tu un «  graal  », un disque dont tu rêves, que tu n’aurais pas encore ?

DL – Un «  graal  »…je peux parler du «  Akira Original Motion Picture Soundtrack  » de  Geinoh Yamashirogumi (je possède déjà le Symphonic Suite),  du «  Chung King  » de Judge, certains «  test press  » d’Integrity, des acétates notamment ceux de Genocide Organ.

Akira Original Motion Picture Soundtrack Geinoh Yamashirogumi Symphonic Suite Geinoh Yamashirogumi

ATS  – Que faisais-tu avant la création de la Cellule Records ? Quel cheminement t-a conduit jusqu’à l’idée de devenir disquaire ?

DL – Houlà…j’ai eu un parcours qui m’a fait visiter longuement la Belgique et le nord de la France. J’ai exercé divers jobs comme téléprospecteur ou barman. Rien de bien intéressant.
De retour à Toulon, au cours d’une soirée bien arrosée,  un pote et moi avons monté un plan de A à Z pour ouvrir une boutique de disques. Comme mon cursus scolaire m’avait permis d’intégrer la création et la gestion (DUT de gestion des entreprises et administrations), cela s’est fait assez simplement. Cette idée n’a pas germé par esprit de militantisme pour le vinyle mais plus simplement parce que je me retrouvais incapable de bosser dans un environnement dans lequel je ne croyais plus.  Donc quoi de mieux de faire de sa passion son métier…

ATS  – Ton engagement a-t-il exigé beaucoup de renoncements ?

DL – Un renoncement de taille. J’ai dû vendre 90% de ma collection pour financer la boutique (environ 1 300 disques). J’en pleure encore. Mais c’était inévitable car absolument nécessaire. J’ai gardé les plus belles pièces, les disques les plus précieux, tous ceux qui me tenaient vraiment à cœur évidemment.

ATS  – N’était-il pas hasardeux de vouloir vendre de la galette, de vouloir ouvrir un commerce alors que notre pays et ses citoyens souffrent encore de « la crise » et que beaucoup de disquaires indépendants connaissent encore des difficultés ?

DL – Bien sûr que c’était risqué. Je crois néanmoins que c’était le moment ou jamais…hors de question que je reste sur un regret, avec l’éternel questionnement de savoir si cela aurait fonctionné ou pas.

ATS  – Quelles sont les quatre qualités indispensables à l’exercice de la profession de disquaire ?

DL – Question difficile… (rires)
Je dirais patience, curiosité, honnêteté (tout n’est pas bon dans la musique) et passion (sourire).

Bilan de cette première année.

La Cellule records 10

_________________________________________________________

«Je pense que la «  crise du disque  » est une farce »

_________________________________________________________

 

ATS  – As-tu bénéficié d’aides au cours de cette première année ?

DL – Quelques aides pour la première année, évidemment. Notamment une exonération d’une partie des charges du RSI.

ATS  – Quelles sont les charges les plus lourdes pour toi ?

DL – Les plus lourdingues, celles du RSI sans hésiter (rires).

ATS  – Combien de références maintenant dans tes bacs ? Quel est la proportion de vinyles et de Cds dans tes bacs ?

DL – Entre  2000 et 3000 références en bacs. 99% de vinyles.  Je vends des Cds de groupes locaux, et si les clients me passent des commandes de Cds, je les contente.

ATS  – Quelle est la part de labels indépendants dans tes bacs ?

DL – Au niveau des labels indé, je dois être à 50%, au minimum.  Si je compte la musique électronique, c’est plus.

ATS  – Quels sont tes critères de sélection ? Comment te tiens-tu au courant  des nouveautés nationales, internationales ?

DL – Je rentre des disques «  faciles  » à vendre (grosso modo les classiques 70’s) pour me permettre de proposer d’autres disques plus «  difficiles  », moins connus.
Concernant les nouveautés, le Net et les distributeurs faisant assez bien leur travail, les «  clients  » m’étant assurément d’un grand secours, je suis pas mal au courant de ce qui sort.

ATS  – Est-il est nécessaire d’être hyperactif pour dynamiser ton commerce ?

DL – Oui, je le pense. J’essaie d’entretenir une dynamique en faisant des rentrées régulières, une trentaine de disques, plus ou moins 2 fois par semaine. Je l’annonce sur les réseaux sociaux, je fais circuler l’info,  j’essaie d’être toujours actif, j’organise et suis partenaire d’événements.

La Cellule Records Chèque cadeau La Cellule Rocords mug La cellule Records sacs

ATS  – Quelles sont les particularités de ta clientèle ?

DL – Etant un disquaire non spécialisé, proposant un peu toutes les couleurs musicales, je ne sais pas si «  ma  » clientèle a une quelconque particularité.

ATS  – Est-il est indispensable d’avoir des bacs d’occasion ?

DL – Il est évidemment indispensable d’avoir des bacs d’occase pour maintes et maintes raisons. Par exemple, celles d’avoir dans ses bacs des disques à petit prix,  de grossir le stock et de proposer des « pièces » qui peuvent intéresser les « collectionneurs ». Sans oublier le plaisir de plonger dans les cartons dans un grenier en espérant trouver la perle rare !

ATS  – L’expertise, le conseil et la disponibilité sont-ils essentiels à la pérennité ?

DL – L’expertise, la disponibilité et le conseil sont indispensables. Cependant je donne rarement des conseils si l’on ne m’en demande pas. Pour ne pas trop heurter «  l’intimité  » du client, pour ne pas être trop intrusif. Si je vois qu’une personne cherche et regarde des choses assez pointues, il est intéressant de dialoguer, d’approfondir. Pour le client comme pour moi.

ATS  – La possibilité de commander les disques absents dans les bacs pour les clients demandeurs est-il un service indispensable ? Est-ce que cela  permet également de mieux gérer les stocks ?

DL – Oui,  les commandes permettent de mieux gérer les stocks. C’est également une occasion de découvrir des disques que je ne connais pas.

ATS  – Comment perçois-tu la crise du disque ? L’émergence du MP3 est-il le facteur principal de cette crise ? Les sites de streaming quasiment gratuits qui ne respectent pas les droits d’auteurs (s’ils reversent quelque chose aux artistes c’est de l’ordre du dérisoire), mais enrichissent finalement une poignée de financiers ?

DL – Je pense que la «  crise du disque  » est une farce. Je suis pour la diffusion libre et gratuite de la musique. Tant pis si cela nuit à certaines majors, à certains «  artistes  ». Si ton album est bon, les gens chercheront toujours à «  l’acquérir en physique  ».
Les avènements du mp3 et du streaming ont poussé les gens à se reporter sur un beau format physique qui sonne. Le vinyle ! Je pense vraiment que le regain d’intérêt du vinyle vient de plus loin qu’un simple effet de mode, car s’équiper et commencer une collection est un investissement certain. Les personnes qui s’intéressent au vinyle pour surfer sur un pseudo phénomène de mode ou de style, arrêterons très vite. Voire ne commenceront jamais…au-delà de quelques paroles.

ATS  – Quelle est la place du vinyle dans la survie des disquaires indépendants ? Quel est l’apport des labels indépendants, du DIY, dans les survies du vinyle et des disquaires à « cette crise », selon ton expérience de disquaire et de consommateur de disques ?

DL – Etant un shop 100% galettes, je constate que le vinyle est essentiel dans la survie des disquaires indé. Sans les labels indé, je pense que le vinyle aurait pu réellement disparaître pour de bon. Heureusement, cela n’a pas été le cas.

ATS  – Les sites des petits labels essayant de vendre et distribuer eux-mêmes nuisent-ils aux disquaires ?

DL – Non je ne vois pas en quoi les sites des petits labels pourraient nuire aux disquaires,  bien au contraire… (clin d’œil de Damien).

ATS  – Après un an d’activité, conseillerais-tu à un jeune de devenir disquaire où le mettrais-tu en garde contre l’ivresse des illusions ?

DL – Je lui conseillerais de bien monter son projet, en étant le plus honnête possible avec lui-même. De bien y réfléchir. Surtout qu’il sache si son désir représente réellement une passion. Ou pas.

ATS  – Des regrets, des remords quant à cette union avec le deal du sillon ?

DL – Aucun, sinon celui de ne pas l’avoir fait plus tôt !

Coup d’œil vers l’horizon.

La Cellule Records3

_________________________________________________________

« Je ne comprends pas que le disque ne soit pas considéré comme un produit culturel en France. »

_________________________________________________________

 

ATS  – Comment lutter contre l’hégémonie des plateformes d’achat en ligne ?

DL – L’achat sur le net et en shop sont très différents. Sur le Net, il s’agit d’un achat longuement réfléchi : beaucoup de comparaisons entre différents vendeurs, de recherches pour des pressages précis. En shop, c’est plus axé sur le coup de cœur. Enfin, en ce qui me concerne.

ATS  – Mais il est notable que les géants de la vente en ligne sont des fossoyeurs de commerces indépendants, non ?

DL – Oui. Il est certain que sans l’existence d’Amazon et consorts, on ne trouverait pas un mais cinq disquaires sur Toulon. Mais selon le contexte actuel, c’est clairement impossible.
Une grosse partie de ma collection vient du net et pas forcément des plus grandes plateformes d’achat en ligne (Amazon, Ebay …). Tout de même, il faut avouer que pour tout amateur de vinyles se retrouver sans Discogs, cela peut être un coup dur… (rires).

La cellule Records Day 2015

ATS  – Quel est l’impact du Disquaire Day pour un petit disquaire indépendant tel que toi ?

DL – Très positif pour ma première participation. Mais je reste méfiant face à ce genre d’événement même si cela est un bon souvenir.

ATS  – Sans tomber dans le corporatisme, comprends-tu que l’on abaisse la TVA sur moult produits culturels, notamment sur le livre, mais pas sur le disque ? Les libraires survivants se sont regroupés pour être entendus face à des géants comme Amazon, pourquoi les disquaires ne semblent pas s’unifier pour lutter eux aussi ?

DL – Je ne comprends pas que le disque ne soit pas considéré comme un produit culturel en France. Le réseau des disquaires a dû faire face à la quasi disparition de ses acteurs. Je ne sais pas, je ne comprends pas… peut-être faut-il du temps pour reconstruire un vrai réseau efficace …

ATS  – Comment perçois-tu l’avenir de ton commerce, son développement ? Celui des disquaires  indépendants ?

DL – Positivement !

 

Mix sur la platine.

_________________________________________________________

« Il n’y a pas pire auditeur que celui qui ne veut pas entendre et découvrir. »

________________________________________________________

ATS  – Quelles sont les choses les plus incroyables que l’on t’a demandées en entrant à La Cellule Records ?

DL – Rien de fou. Mais je suis toujours surpris qu’on me demande du Claude François ou du Sardou… (rires).

ATS  – Existe-t-il un disque que tu refuserais de vendre ? Est-ce que tu as honte de certains disques dans tes bacs ?

DL – Ni RAC, ou trucs de Faf, c’est clair net et précis. Sinon… honte ? Non… mais à y réfléchir, j’ai un Ophélie Winter que j’aimerais bien voir disparaitre de mes bacs pour toujours !

ATS  – Le disque parfait existe-t-il ?

DL – Hum …
C’est très subjectif comme question. Peut-être que oui mais alors à chacun de déterminer sa définition de disque parfait.

ATS  – Que répondre à ceux affirmant que les disques sont trop chers ?

DL – Qu’ils ont raison. Ce n’est pas sur les disquaires indépendants qu’il faut taper mais sur les majors et distributeurs qui traitent le vinyle comme un produit de luxe !

ATS  – Comment amplifier l’appétence, la curiosité musicale, celle qui permet d’aller au-delà des ondes mainstream,  des discours obtus et des œillères des chapelles ?

DL – En restant constamment à l’affut. En se montrant curieux. Même si l’on ne peut pas tout aimer bien sûr.

ATS  – Que dire, que faire pour permettre de faire comprendre aux non-initiés que la musique ne se limite pas aux frontières d’un genre mais  qu’elle est une galaxie à explorer  ?

DL – Il n’y a pas pire auditeur que celui qui ne veut pas entendre et découvrir…je ne sais pas ce qu’il faudrait faire…

ATS  – Sans tomber dans la truelle ostentatoire formellement subjective et par conséquence inutile, quelles recommandations donnerais-tu à un jeune souhaitant commencer à s’ériger une discothèque idéale ?

DL – Que sa discothèque idéale soit celle qui lui ressemble. Et qu’il n’existe pas d’album ou groupe « indispensable ».

ATS  – Comment te préserves-tu de l’overdose de la banalité, de l’usure de la passion ?

DL – Comme tout le monde quelque fois j’ai des moments où j’abandonne la recherche musicale et me repose sur mes « acquis ». Je ne me force jamais. Quand un style ou un groupe ne me procure plus la même émotion, je passe à un autre. Je suis très cyclique dans mes goûts musicaux. Mais je suis monomaniaque. J’écoute tout le temps de la musique.

ATS  – Quelles évolutions de ton commerce prévoies-tu ?

DL – Surprise à venir… je ne peux pas en dire plus pour l’instant… (clin-d ‘œil et sourire)

ATS  – Après ce premier anniversaire, un message particulier à faire passer ?

DL – Un grand merci à tout le monde. C’est ultra cliché mais clairement sans vous rien n’aurait été possible ! Encore merci !

En souhaitant un joyeux anniversaire à La Cellule Records et en te remerciant Damien. Ave The Sound !

(Photos Virginie Chiaberge).

Premier anniversaire de la Cellule Records (Cliquez sur le lien).

La Cellule Records

LA CELLULE RECORDS
6, rue de Pomet
83 000 Toulon
Tél : 09 50 73 25 86

Facebook : La Cellule Records
Discogs : La Cellule Records

Jours & Horaires d’Ouvertures

Lundi : 10h00 – 19h00

Mardi : 10h00 – 19h00

Mercredi : 10h00 – 19h00

Jeudi : 10h00 – 19h00

Vendredi : 10h00 – 19h00

Samedi : 10h00 – 19h00

Dimanche : fermé