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Playboys qui roulent n’amassent pas mousse.
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Playboys qui roulent n’amassent pas mousse.

Bien qu’au cours de leurs équipées sur la longue et sauvage route du rock’n’roll,  ils aient eu le temps d’éblouir la donzelle prête à chavirer et d’écluser quelques fûts de houblon, on ne parle ici ni d’aguicheurs de revue pour dames esseulées, ni de bière.  On devise ici du groupe niçois qui, depuis 1979, tatoue la scène du garage et du British beat de sa touche so French, so chic. Un record de longévité dans la catégorie poids lourds de l’underground hexagonal.
Poids lourds de l’underground hexagonal ? Oui, n’en déplaise à la redondance des rejetons revivalistes ! Même si les Playboys restent continûment écartés des grandes scènes nationales, depuis moult années. Pourtant, leur robuste notoriété leur fait encore franchir allègrement les cordes des rings européens des battles of bands. Ils domptent aux points les autres gangs du même genre.  Grâce à leur direct d’amabilité et leur uppercut de sympathie, ils gagnent souvent par K.O. Une technique de fer dans une décontraction de velours. L’art de mettre aimablement tout le monde d’accord. La popularité franchouillarde est une chose à géométrie variable dans notre pays. Parce qu’elle passe trop souvent par le prisme des contradictions de petites arpètes sourdes des programmations ou de médias aussi utiles qu’un paresseux dans l’officine de la rapidité…ou par la lorgnette borgne de petits rois fainéants et incultes. Il fallait le dire ! C’est dit.  Pas à demi-mot.

Certes, ils ne se sont jamais professionnalisés. Occasions échouées dans un incendie, sur l’écueil d’un deuil, sur une suite de désaccords. Ne pas voyager en première, n’empêche pas de suivre les rails du Beat-Express. Sans faux train d’inconscience, ils n’ont pas plus cédé aux chants de sirènes de bohème.  Il est patent qu’ils ne se sont jamais corrompus dans les jetés de jambes et autres sourires établis par la machinerie chronométrée et mercantile des businessmen garagistes à l’américaine.  La scène, ils l’ont toujours vécue sur le plancher des réalités. Loin des allégeances à l’industrie musicale et de ses corruptions dévouées aux tubes de l’été.
Ignorant les saisons, entre familles et obligations, ils sont assurément restés entiers. Eux-mêmes. Hommes responsables plus qu’immobilistes. Toujours salariés et pas encore retraités. Pas le temps de cultiver la caprice-attitude. Ce n’est pas compliqué. Depuis qu’on leur a dit que le rock était une musique de jeunes, leur entrain semble figé  sur une toile par un apprenti de Hallward. Sans être cependant coagulé dans une léthargie contemplative et crâne. Chaque mercredi, toujours à la même heure si Bébert n’est pas trop en retard, ils répètent. Les Playboys répètent depuis plus de 35 ans (on ne parle pas de la période Dentist ici). Les anciens et les nouveaux morceaux. Pour mieux interpréter leur complicité. Pour mieux transcrire leur amitié. Dans la vie, comme sur scène. Dans le quotidien comme dans les festins. Frères de scène, frères de route, frères de taquineries. Raillant le compère pour mieux l’aimer. L’art de former un vieux couple à 5 et de savoir bien vieillir ensemble.
Ils n’ont jamais erré dans les cogitations théâtrales. Pas plus côté cour que côté jardin. Pas nécessaire. Ils ont été punks avant d’être Playboys. Les harangues nihilistes avaient été digérées, leurs tee-shirts déchirés abandonnés, bien avant que d’autres commencèrent à y tremper le doigt, ou le nez. Oui. Ils étaient déjà devenus Les Playboys, lorsque de petites gloires régionales (oui, le mouvement punk existait aussi dans les provinces françaises), après avoir éructé l’abécédaire du révolutionnaire, commençaient à décliner leurs inspirations « wave» dans des eighties finalement plus bancales que foutrales. Surtout pour les auteurs-compositeurs déjà victimes des rapaces de la spéculation musicale et de ses contrats d’esclavagistes. Oui, quand les uns tançaient encore, les Plèbes jouaient déjà en technicolor. Sans effort.  Pour eux, déjà l’essentiel était de devenir acérés, affûtés.  D’excellents musiciens et interprètes. La cible fut rapidement atteinte, et avec les années, entretenue avec ferveur et application. Ce n’est pas compliqué ! Ils ont été les précurseurs, devinrent et demeurent les meilleurs. Que les plus sceptiques dévisagent les babies garageux d’aujourd’hui, qui découvrant la technique endiablée et la décontraction sérieuse du combo bientôt quarantenaire, en restent bouche bée. Et oui, même les jeunes perçoivent que Les Playboys sont gentils, sympas, ne souffrent d’aucune apathie et surtout sont de sacrées bêtes de scène.

[youtube https://youtu.be/WTdea6nuPtM]

Oui. Le diable rock’n’roll  peut caresser des tempes grisonnantes, habiter un costume bien taillé, une chemise bien repassée. Ses pattes peuvent glisser sur des guitares bien huilées et s’agiter dans une paire de boots bien cirée. La dichotomie entre l’élégance et le beat n’est utile qu’aux étriqués d’esprit ayant besoin de cloisonner les choses pour mieux confiner et rassurer leur indigente connaissance face à leur incompréhension de l’immensité du monde musical.  La crasse en étendard n’est pas un gage de qualité.  Le respect et la bienséance sur les planches ne sont pas des preuves de nullité. Un petit côté «Yé Yé » n’a jamais tendu vers le prêt-à-chanter pour amateurs réacs et hystériques accros aux sucettes industrielles. Saisissez-vous la différence entre culte et kitsch outrancier ? Saisissez-vous la fadaise à renier ses constances alors que tant d’autres ont brûlé leur singularité avant même d’avoir su jouer correctement et développer une harmonie complice ?

Oui, les Playboys sont encore présents. Ils aiment prendre leur temps. Le temps de peaufiner dans leur studio de répétition, en haut du boulevard de la Madeleine à Nice, les nouveaux morceaux. De  réinventer leur énergie. Oui,  Les Playboys sont retournés en studio. Avec sincérité, selon leur us et coutumes, enregistrer quatre nouvelles compositions.  Trois de Michel Nègre, une de Frank Durban. Fidèles à leurs inspirations divaguant entre Nino, Ronnie, Lanzmann, Dutronc. Tout en papillonnant autour des Questions Mark and the Mysterians et des Kinks. La rhétorique toujours pétillante, la rythmique toujours engageante.  Rien de nouveau ? Les Playboys continuent de faire du Playboys ?  Si un quidam acide, l’écume âcre aux commissures des lèvres, attend encore de les voir sombrer dans des fourberies commerciales pour délivrer de l’insipide muzak de superette pompée au rayon promo des produits à la limite de la date de péremption, il faut l’avertir avant que la mousse recouvre ses espoirs. Ou pas. Car selon les preuves accablantes de son mauvais goût, il mériterait de choir.  Si un jour, Les Playboys se mettent à chiader du folklore batave pour béotiens réacs en retraite au fin fond d’une cour du 16ème, mon petit doigt me dit qu’ils ne seraient plus très éloignés de la rampe de décollage pour le trip sans retour vers la sénilité. Ils auraient enfin amassé mousse. Et cet auriculaire de bon aloi ajoute que leurs fans leur intenteraient alors rapidos un procès pour abandon et contradictions !  Voire un admirateur déçu serait capable de commettre une bavure musicale en détruisant toutes les preuves de l’existence de leur discographie.  Vous cernez le problème ? A quoi servirait-il de se corrompre si l’on est déjà en rupture avec l’étiquette scène émergente ou celle des attitudes prétentieuses ? Ou si l’on ne revendique pas d’être les gardiens d’un temple, à moins que ce ne soit la chapelle de ses fidélités et de ses amitiés.
Le gourmet retourne chez un bon boulanger. Pourquoi le friand du French beat ne savourerait–il pas une  nouvelle bonne galette des Playboys ? Surtout si celle-ci a un son de « reviens-y ! », gravé sur un vinyle de qualité. Oui, Les Playboys restent Les Playboys. Avec probité. Tout en ne se prenant toujours pas au sérieux. Ce nouvel EP montre que les convictions ne se sont point émoussées. Ayez confiance ! Il n’y a pas de problème.

TP.

LES PLAYBOYS – EP (AV017 / Ave The Sound / 2015)

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Le problème (Michel Nègre)
Le roi fainéant (Michel Nègre)
Il fallait me dire (Michel Nègre)
J’ai pas confiance (Frank Durban)

Sortie officielle le 27 avril 2015

Interview Frank Durban – Bezaudun 2014

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=usBGs3hs5H0]

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