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ATAZONE de non droit…(lorsqu’une zone de droit à pignon sur rue)

Dans une quinzaine de jours les fêtes de Noël. Depuis fin septembre, nous sommes déjà gavés par la détermination d’un marketing outrancier à nous étrangler à coups de bolduc. Combien de portefeuilles en cuir de dinde sont déjà vides de la grande farce du « consommer à tout prix », de la comédie de la surabondance ?

Les Virgin-Megastore ont été placés en liquidation judiciaire. La FNAC (Groupe PPR, maintenant Kering, dont l’actionnaire majoritaire est l’une des plus grosses fortunes de France) licencie sans discontinuer depuis des années. Cela en communiquant sur les mesures d’économies tout en spéculant sur les introductions en bourse de ses filiales et les bonnes ventes de ses actions. Devenues propriétés de fonds de pension américains, les librairies « Chapitre », sont en train de fermer.

Les libraires, disquaires traditionnels et indépendants, les petits éditeurs, les petits labels sont en difficulté. Tous broyés par des ogres de l’ultralibéralisme, comme « Asspple », « Badggle » et « Atazon ». Tous méprisés par le secteur bancaire et/ou par le Ministère de la Culture.
Les limites de la charge culturelle de l’état sont érigées par le lobbying d’une minorité, au sein des cocktails du pouvoir. Cela au détriment de la démocratisation de l’action culturelle. On plaide prétentieusement « l’exception culturelle », tout en affaiblissant le maroquin voué à l’alimenter.  On défend la diversité, tout en truffant les oies les plus grasses et en lâchant les plus malingres.
Quand quittera-t-on la zone d’incohérence politique ? Que penser de la gabegie et du copinage des uns et, de la disette et de la lutte quotidienne des autres ?

Le taux réduit de la TVA de 5,5 % est rétabli sur les livres et les spectacles en 2013. Les disquaires ne bénéficient toujours pas de cette mesure. Pour quelles raisons ? Est-ce une zone culturelle désertique ? La niche fiscale du « crédit d’impôt pour la production phonographique» (voulant encourager les maisons de disque à soutenir les jeunes talents vendant moins de 100.000 albums…) et la plupart des aides à la production phonographique de disques étant strictement réservées aux structures commerciales, les bénéfices ne s’adressent qu’aux grandes maisons de disques.
L’altérité est déjà mise à mal.

Que penser de la mise en vente des « liseuses » en librairie et, celle de disques sur les plateformes de téléchargements, notamment par les petits labels de musique ? Cela m’a toujours procuré la sensation de donner du foin à un cheval de Troie virtuel dans son écurie pourtant composée d’êtres de chair et d’os. Ecouter la musique sur le net est une bonne chose. Si et seulement si, cela permet de mieux faire un choix avant de se rendre chez son disquaire de proximité. Rappelons que votre disquaire peut également vous faire écouter des disques gratuitement. Si plus aucun disquaire n’existe dans votre zone d’habitation, vous pouvez commander les disques aux artistes, labels, disquaires ou sur des sites encore humanisés.

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Aller chez un disquaire est soutenir tous les maillons d’une production musicale : les compositeurs, les auteurs, les graphistes, la fabrication, le disquaire. Aller chez son disquaire est aussi pouvoir lui commander ce qu’il n’a pas dans ses bacs. C’est pouvoir recevoir un conseil. C’est découvrir.

Aller chez son disquaire est soutenir un être humain, payant ses charges (loyer, crédits, électricité, etc.), ses impôts, ayant une famille à faire vivre. Aller chez son disquaire est reconnaître la création. Allez chez son disquaire est maintenir des emplois d’aujourd’hui et ceux de demain.

Mais la culture bienveillante et digne n’est plus un long fleuve tranquille, depuis qu’un monstrueux petit clic déshumanise à foison la zone libre du choix. Les lycanthropes numériques phagocytent l’humain. Leurs zones d’ombres vampirisent le réel. La crue d’Atazon a ravagé les centres-villes. Les rives des cités sont menacées. Atazon inonde tout, du poulailler au high-tech.  La suite sera plus terrible encore. Les monopoles et l’automatisation avancent dans leurs bottes d’ogres.

Comme de vulgaires marchandises, les employés, appelés les « hands » (admettez que cela nie tout le reste du corps) de l’entreprise géante de Seattle portent des codes-barres. La main-d’œuvre non qualifiée, très souvent immigrée (cela paralyse l’envie de revendiquer plus de considération) est recrutée, surtout avant les fêtes de fin d’année (70% du chiffre d’affaires à cette période) pour être exploitée, et bien souvent humiliée. Cadences insupportables. Chaque déplacement scanné et systématiquement contrôlé par les machines. Obligation de faire mieux que la vieille. Données personnelles envoyées systématiquement à Seattle. Expositions à trop de froid ou de chaleur. Malaises fréquents. Doigts coupés. Syndromes d’épuisements. Intimidation. Paternalisme d’un autre âge.  Encouragement à la délation. Contrats courts à répétition. Conditionnements psychologiques. Mépris des conventions collectives et des grilles de salaires. Syndicalistes soumis à des contrôles arbitraires.  Diffusion de la « voix » du grand patron pour stimuler le chapardeur potentiel. Oui.  Chaque employé est considéré comme un éventuel voleur. Chacun doit se soumettre à la fouille assurée par des vigiles. Passage par des portiques de « sécurité » pour chaque sortie ou pause. Les pointeuses étant éloignées des points de contrôle, l’attente dans les files de ces contrôles n’est pas comptabilisée dans le temps de travail. Aux USA, des travailleurs ont lancé quatre poursuites judiciaires pour réclamer le paiement de ces temps d’attente. Les contrats interdisent strictement aux salariés d’évoquer son travail auprès de sa famille, de ses amis ou de journalistes.

Rappelons que les affluents, les méandres de ce fleuve inhumain dérivent tous d’une source située dans l’Etat du Delaware, paradis fiscal du territoire américain. Rappelons que les procès intentés à cette entreprise se sont soldés par des négociations à l’amiable. Rappelons que l’Allemagne, le Royaume-Uni se questionnent quant à la probité de cette zone malsaine. Rappelons que sa technique d’implantation est de choisir un lieu avec un fort taux de chômage, déclassé afin de passer pour un altruiste venant sauver de l’oisiveté des zonards chômeurs. Rappelons que l’Etat Français, mais également la Région de Bourgogne (parmi d’autres exemples) ont accordé des subventions publiques à ce géant piétinant le droit du travail et échappant en grande partie à l’impôt. Rappelons que ce gigantesque hypermarché en ligne génère un manque à gagner de centaines de millions d’euros manquantes dans les caisses de l’Etat. Rappelons que le regroupement des données personnelles et des habitudes des clients cette zone tentaculaire est déjà commercialisé à leur insu. Les ressources informatiques récoltées sont négociées avec d’autres entreprises.  Rappelons qu’Atazon a gagné un contrat juteux avec la « Céciah », dont elle va héberger le cloud. Que pense la CNIL de tout cela ?

Mais le pire est à venir…l’élimination du facteur humain. L’entreprise a acheté en mars 2012 un fabricant de robots, Kiva Systems. L’humain freine l’ambition de « Baize –os » (le patron de cette zone de non-droit). Le robot le remplacera donc. Pour augmenter encore l’énormité des débits, vous engloutir l’esprit). Quand les politiques auront sur les bras des milliers de chômeurs drainés par cette démesure inepte, regretteront-ils leurs erreurs, les cadeaux fiscaux à cette pieuvre machiavélique et la façon dont ils mettent le couvercle sur l’avenir (voir l’énergie, le développement durable et responsable, l’écologie…) ? Les êtres humains ont forgé avec leur sueur et leur éreintement physique la fortune de ces nababs sans scrupules.  Est-ce que les robots les remplaçant achèteront des livres, des disques, des vivres, des abreuvoirs à rats ? Est-ce qu’ils créeront des emplois ? Est-ce qu’ils vous donneront le minimum décent pour survivre ? Où nous conduira cette navigation en eaux troubles, cette hégémonie zonzon, où l’ineptie est sans amarres ?

Quel avenir désirez-vous ? L’emprisonnement réel de la liberté et de l’offre de la diversité dans un nuage virtuel ? Les goûts mis sous contrôle de robots et de calculs algorithmiques ?  Belle féodalité, bel asservissement que voilà.

Je discours sur ce thème depuis des années auprès d’amis et de connaissances. Parfois, on me réplique « c’est moins cher »…peut-être mais à quel prix ? Celui de l’avenir des enfants, de leurs emplois, ou de leur désœuvrement en des zones dépeuplées d’âmes ? Celui de ne plus avoir de choix ? Celui du désappointement des petits labels ou éditeurs qui, souhaitant plus de « visibilité », doivent (eux !) supporter les coûts des transports jusqu’aux hangars déshumanisés et négocier âprement les remises exigées, puis réclamer leur argent en cas de ventes. Lorsque l’on constate que son empire s’étale de la couche-culotte à la tondeuse professionnelle de mouton, on comprend que les zones de turbulences vont s’accroître.  Comment comparer un dumping effréné et toutes les déclinaisons d’optimisation fiscale à d’honnêtes commerçants payant leurs impôts et respectant le droit du travail ?  Quand cette holding de société sera le leader incontesté du marché, en situation de total monopole, quelles hausses pratiquera-t-elle sur les produits ? Qui pourra s’opposer à la pandémie du profit ?

Parfois, on me répond « je n’ai le temps, c’est pratique ». Le temps, il faut savoir le prendre. Se laisser happer par la facilité dévaste le labeur de l’autre. Aller vers l’autre, marcher pour se rendre chez un commerçant est un acte civique, physique et maintenant militant et faire acte de résistance. ..  Pour montrer qu’au-delà de « l’écrantisation », nous avons encore conscience des gens vivant et/ou survivant à nos côtés.

Parfois, on me rétorque « c’est rapide ». Nos mères nous ont attendus 9 mois. Ne peut-on pas patienter quelques jours ? Le « tout avoir tout de suite » enlève la valeur du temps, des choses, des gens. A trop vouloir vivre dans l’immédiateté, on oublie de regarder l’horizon.  Si un chêne ne devient pas centenaire en une semaine, en revanche la sottise fait des dégâts le temps d’un clic. Atazone vous rendra aphone, atone. Et ses « utilisateurs » continuent de lui construire un trône de despote.

« Baize-os » s’est offert avec 250 millions d’euros, soit seulement 1% de sa fortune personnelle, le légendaire « Washington Post ». Ce n’est pas par philanthropie. D’autres grands groupes possèdent un organe de presse. Contrôler différents maillons de la chaîne de communication peut s’avérer utile. Pour sa promotion personnelle que ne ferait-on pas, n’est-ce-pas ?

Nous connaissons tous les dégâts causés par ce genre de montre sans visage. A chiffre d’affaires équivalent, on est capable de mesurer qu’une librairie de quartier génère 18 fois plus d‘emplois que la vente en ligne. Pour la seule année de 2012, l’ABA (Association des libraires américains) a évalué à 42000 le nombre d’emplois anéantis par Atazone.  Assple vend des « nouveautés de couleurs » à des prix exorbitants, mais est incapable de prouver que les métaux rares utilisés dans ses produits ne sont pas fournis par l’esclavagisme.

Nous connaissons tous dans notre entourage des gens laissés pour compte par la pandémie du profit déshumanisé. Pendant combien de Noël serez-vous encore capables de combler vos proches, si vous ne prenez pas garde à ces petits clics qui ne vous n’épargneront pas un grand choc, tôt ou tard ? La presse a découvert les disquaires survivants par le Disquaire Day. Soit. Mais ces commerçants ne respirent pas ou ne mangent pas seulement 1 jour par an, parce que quelques grosses maisons d’éditions opportunistes se sont engouffrées dans ce filon. Comme le libraire est le maillon humain entre l’auteur et le lecteur, le disquaire l’est entre l’artiste et l’auditeur. Nier l’être humain est violent. Le clic entretient la violence. Le clic vomit l’humain.

L’humanité consiste aussi à préserver « l’Indépendance Day de penser » dès que l’on peut. Prendre le temps de se rendre chez les disquaires et les libraires, prendre le temps de défendre en payant quelques euros supplémentaires l’Indie ou le plus conventionnel, protège notre liberté de demain. Et par conséquent, celle de nos enfants. Cela n’a pas de prix. N’en déplaise aux robots et aux algorithmes des marchés.

Dans votre canapé, cessez de croupir. Dès aujourd’hui faites pousser les roses de Noël que vos enfants pourront cueillir. Et sortez-vous l’index de la souris… vous allez vous le faire grignoter !

Bonnes fêtes de fin d’année à tous.

TP.

P.S : ce texte était une promesse aux amis disquaires, aux amis libraires, suite à la lecture d’articles dans la presse « papier » que j’achète encore. Notamment le Monde diplomatique, et autres hebdomadaires instructifs. En espérant que cela en fera réfléchir quelques-uns. Privilégier l’humain au robot.

 

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